Deux amis d'enfance tombent amoureux malgré la guerre et l'exil

La parole aux réfugiés, 20 décembre 2011

© HCR/G.Beals
Francis Akech Dol et Elizabeth Yon Appel se sont retrouvés au camp de réfugiés de Kakuma et ils sont tombés amoureux.

CAMP DE RÉFUGIÉS DE KAKUMA, Kenya, 19 décembre (HCR) Quand ils étaient enfants, ils jouaient à cache-cache dans leur village. Ils se racontaient des histoires d'animaux de la forêt. Ils mimaient l'attaque d'un lion. Ils n'étaient pas du même sang mais ils se sentaient alors comme frère et sœur.

Aujourd'hui, Francis Akech Dol, 32 ans, et sa femme Elizabeth Yon Anpei, 27 ans, sont mariés et ils vivent sous protection dans le camp de réfugiés de Kakuma au nord-ouest du Kenya. Leur histoire est celle de deux personnes tombées amoureuses au mépris des forces de la guerre, de l'exil et des violences familiales.

Leur aventure n'a pas été simple. En 1991, la guerre a éclaté à Yeru dans le Sud-Soudan. Elizabeth a fui avec ses parents de l'autre côté de la frontière, d'abord vers l'Ethiopie puis vers Kakuma. Son père a été tué au cours du voyage. Francis est resté au Sud-Soudan dix ans de plus, subissant encore des attaques avant de fuir vers le sud, en Ouganda en 2001. De là-bas, un commerçant l'a emmené vers Malaba, à la frontière kenyane.

En 2002, il est arrivé à Kakuma où il a retrouvé Elizabeth dont il est tombé immédiatement amoureux. Au début, elle ne se souvenait pas de son ami d'enfance, mais Francis ne l'avait pas oubliée. « Je suis tombé sous le charme », déclare-t-il. « Je lui ai demandé si elle voulait sortir avec moi. Nous nous sommes serré la main et nous avons regardé un match de foot dans le camp. Mon cœur battait la chamade au point que je ne pouvais plus le contrôler ». Elizabeth était également sous le charme. Ils ne pouvaient plus se passer l'un de l'autre.

Francis est arrivé à point nommé pour Elizabeth. Les dix dernières années l'avaient étouffée. Elle avait été contrainte de se marier à l'âge de 14 ans, en échange de 12 vaches. A l'âge de 15 ans, elle a eu son premier enfant. Elle décrit son mari comme un ivrogne qui la battait fréquemment. A la naissance de leur deuxième enfant, la situation a empiré. « Il me battait tous les jours. Il rentrait à la maison et me battait », déclare-t-elle. « A peine arrivé, il commençait à me donner des claques et des coups de pied pour rien ».

Il a fini par l'abandonner et Elizabeth est rentrée chez elle dans sa famille, physiquement et mentalement brisée. « Mon cœur était dur comme pierre », affirme-t-elle. « Mais j'ai alors revu Francis et une nouvelle fleur est née. Je me suis épanouie de nouveau ».

« Que feriez-vous pour l'amour de quelqu'un? », demande Francis, devant sa maison en pisé. Pendant les trois années où il a fréquenté Elizabeth, la famille de sa bien-aimée l'a menacé. Il venait d'une famille pauvre et n'avait pas de quoi payer la dot de 300 vaches que cette dernière exigeait. En réalité, il n'avait pas une seule vache.

Pendant ce temps, la famille d'Elizabeth la pressait d'épouser un autre homme. « Mes parents disaient : 'cet homme est pauvre. Nous te donnerons un homme riche'. Je leur disais que l'amour n'avait rien à voir avec l'argent et que j'aimais Francis ». Mais ils ignoraient ses paroles et ils prévenaient Francis que s'il fréquentait leur fille, il serait tué.

Le couple s'est marié secrètement en 2006 mais, pendant leur nuit de noces, la famille d'Elizabeth l'a battue au point qu'elle a dû être hospitalisée. Son oncle tenait un bâton à la main et l'a tellement frappée au visage qu'elle en a perdu ses dents. Pendant ce temps, son frère lui donnait des coups de pied. Elle a été assommée. Ils s'en sont ensuite pris furieusement à Francis qui a également été roué de coups. Le HCR a transféré le couple dans une zone de protection du camp où ils vivent désormais en sécurité.

En 2007, ils ont eu leur premier enfant. Ils l'ont appelé Boston, du nom de la ville nord-américaine chère à Francis bien qu'il ne l'ait jamais vue. Ils ont eu deux autres enfants depuis et le quatrième est en route.

Après la proclamation de l'indépendance du Soudan du Sud en juillet dernier, Francis et sa femme ont eu l'opportunité de rentrer dans leur pays. Mais ce fut un terrible dilemme. Francis pouvait rentrer vers la liberté et la protection de sa famille. Mais cela aurait inévitablement conduit à la violence. « Mes parents se battraient contre sa famille. Cela ferait des ravages et des morts. Ma femme pourrait en mourir », déclare Francis. « Je ne souhaite cela à personne. Je refuse ».

Aujourd'hui cet homme, pris entre deux feux, enseigne l'anglais et les mathématiques aux enfants du camp. La famille a fait une demande de réinstallation dans un pays tiers. Pendant son temps libre, il aime peindre différents motifs sur le mur de sa maison en pisé. Il y a des peintures d'éléphants, de lions et de bétail. « Je veux que mes enfants connaissent les animaux de la forêt », dit-il. « Je veux leur apprendre comment le lion attaque ».

Par Greg Beals au camp de réfugiés de Kakuma, au Kenya. Ecrivain et journaliste, Greg Beals est actuellement en mission en Afrique de l'Est pour le HCR.

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Le HCR a ouvert un camp de réfugiés à Gendrassa, situé un peu en hauteur et à 55 kilomètres de Jamam. Dès lors, l'agence a débuté le transfert de 56 000 personnes depuis la frontière vers le camp. Parmi eux, se trouvaient Awad et sa famille. Awad a porté à nouveau sa mère, mais cette fois-ci vers une nouvelle tente à Gendrassa. Awad a commencé à cultiver la terre. « Revenez dans trois mois », a-t-il déclaré. « Le maïs aura déjà poussé. »

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